En surfant comme d'habitude à la recherche d'information, je suis tombée (non pas par hasard) sur le site de Jean Zin, dont les textes et les analyses m'ont paru pertinents, bien documentés, et empreints de réalisme et de discernement. Il pose des questions essentielles qui permettent de réfléchir sur l'avenir de la société.Pour visiter son blog, cliquez iciPour connaitre les thèmes qu'il aborde et les idées qu'il défend, cliquez iciPuisqu'il autorise à reprendre et diffuser librement ses textes, je me permets de citer ici quelques passages qui me semblent importants concernant l'écologie et les alternatives au productivisme de masse.
Les 3 écologiesL'écologie a des significations radicalement différentes selon l'utilisation politique qui en est faite. Plutôt que de vouloir rassembler des stratégies antagonistes, elle doit se scinder au contraire en 3 tendances contradictoires.
1. L'écologie fondamentaliste et réactionnairedont le mot d'ordre est "respectons les lois de la nature" reprend les argumentations des droites traditionnelles (royalistes, fascistes...) sur l'ordre naturel, inégalitaire, la division des fonctions, la ségrégation des populations, l'hygiénisme, le biologisme et la normalisation. La liberté humaine y représente le mal absolu contre la loi naturelle et contraignante d'une harmonie originelle et non discutable.
2. L'écologie environnementalistelibérale et centriste dont le mot d'ordre est "la qualité de la vie" se réduit à préparer les futures industries de l'environnement, l'intégration de la gestion des déchets de l'économie et la sauvegarde de parcs de loisirs, d'ensembles touristiques, de musées d'espèces rares, destinées aux cadres privilégiés d'un capitalisme sauvage qui sait qu'il doit séduire, par l'artifice d'une nature reconstituée, les meilleurs diplômés assurés qu'il pourront profiter idéalement des avantages matériels qu'on leur fait miroiter et d'une "liberté naturelle" garante de prospérité. Pour le libéralisme, la liberté est instrumentalisée, ravalée au rang de moyen pour le marché.
3. L'écologie-politiqueLe mot d'ordre est de "prise en compte de la totalité et maîtrise de notre environnement, des conséquences de nos actions sur nous-mêmes et notre avenir", reprendre le contrôle de l'économie, imposer la prise en compte des besoins réels et des nuisances indésirables, globaliser les problèmes au niveau mondial, corriger la force mécanique de l'évolution par la volonté d'un développement contrôlé, démocratique, équilibré, rationnel et diversifié. La liberté est, de ce point de vue, un idéal, la dignité de l'homme qui doit être reconnue supérieure à toute autre rationalité (économique, géopolitique, biologique) et doit atteindre à l'effectivité qui ne peut plus être que mondiale, à la mesure des enjeux du temps. Il ne s'agit pas de protéger une nature originelle, ni de protéger et rentabiliser les richesses naturelles mais de prendre possession de notre monde, s'opposer aux logiques inhumaines d'un développement tyrannique et aveugle, fonder un nouvel être-ensemble, de nouvelles solidarités contre la société marchande et ses intérêts à courte vue.
Catastrophisme, décroissance et alternative écologisteLa seule vision qu'on donne de l'écologie est celle des catastrophes écologiques qui nous menacent, de l'épuisement de nos ressources et de la crise de l'énergie qui annonceraient la fin du capitalisme en nous forçant à changer de mode de vie. C'est largement une illusion (...) Il ne suffit pas qu'un système s'effondre il faut savoir par quoi le remplacer et reconstruire pierre à pierre un système alternatif, ce qui prend du temps.
Non seulement le capitalisme ne semble pas menacé par les contraintes écologiques mais il prétend les prendre en compte avec ce qu'on appelle le "développement durable" ou même l'éco-économie de Lester Brown. Les partis écologistes sont de plus en plus intégrés à la gestion de cette société de marché fondée sur la croissance. Face à cette escroquerie, une volonté de rupture s'est manifestée récemment avec la promotion de la décroissance par les écologistes radicaux. C'est un mot d'ordre qui a l'avantage de la clarté, s'opposant ouvertement à tous les autres partis qui attendent la croissance comme le messie, et surtout par l'affirmation de son incompatibilité avec le capitalisme dont le productivisme ne peut absolument pas se passer de croissance. Pourtant, la faiblesse de ce slogan tient à ce qu'il n'est guère plus que le miroir inversé de la croissance et ne contient, lui non plus, aucun projet alternatif.
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Tout cela ne signifie pas qu'on ne peut rien y faire mais qu'il faut y opposer un véritable projet écologiste et commencer à construire, dès maintenant, une économie alternative relocalisée permettant de sortir du productivisme. L'objectif purement quantitatif de "décroissance" ne suffit pas, comme si on pouvait garder le même système sans le productivisme qui lui donne toute sa dynamique. L'illusion la plus dangereuse serait celle d'une réduction individuelle de notre consommation, ce qu'on appelle la "simplicité volontaire" reprenant la conception individualiste et morale de la société de marché, comme s'il suffisait de se donner bonne conscience alors que c'est l'organisation de la production qu'il faut changer. Nous devons nous organiser collectivement plutôt que d'agir chacun pour soi, de façon éparpillée. La réduction de nos consommations n'a aucun effet sur le productivisme capitaliste, pas plus que les milliards de pauvres bien obligés malgré eux de sous-consommer. Il faut critiquer aussi la prétention de dicter autoritairement ce qui seraient nos véritables besoins sociaux, simple inversion là encore de la création de faux besoins par la publicité.
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Une véritable alternative écologiste ne peut venir d'une résistance individuelle au capitalisme ni d'une simple réduction de son productivisme mais exigera des actions collectives pour instituer de tout autres rapports de production (coopératifs) plus adaptés aux nouvelles forces productives de l'ère de l'information. Au-delà du catastrophisme, de la décroissance quantitative ou de notre rapport à la consommation, l'essentiel est de savoir quelle société nous voulons et comment y parvenir, c'est de s'entendre sur nos finalités collectives de convivialité et de développement humain, définir des objectifs qualitatifs et s'organiser pour les atteindre. Ce n'est pas facile, car si on ne veut pas se laisser-faire par les marchés, on ne peut faire n'importe quoi au nom de n'importe quelle utopie ou du relativisme des opinions, chacun revendiquant sa propre vérité comme si nous ne vivions pas dans un monde commun. La construction d'un projet collectif passe par la compréhension de la réalité objective dans toutes ses dimensions (...) ainsi que la prise en compte des transformations du travail et des réelles potentialités de l'ère de l'information, de la formation, des savoirs, de la production de soi, du "capital humain", de l'immatériel, de la reproduction, de la communication, de la coopération, des réseaux, etc. On peut espérer un meilleur respect des équilibres écologiques par la réorientation de l'économie vers l'immatériel et les services, qui doit se combiner à une relocalisation de l'économie, insérée dans son milieu, municipalisée, favorisant la coopération des activités autonomes et permettant d'échapper au salariat capitaliste avec un revenu garanti que le salariat ne garantit plus. Ce sont les conditions d'une sortie effective du productivisme dont l'insécurité sociale et la dépendance salariale sont l'autre face. C'est ce que j'appelle l'écologie révolutionnaire, qui prend la question écologique à sa racine, dans la production, à l'opposée des stratégies réformistes de limitation des dégâts, mais c'est une révolution qui prend du temps et ne se réduit pas à une simple "prise de pouvoir".
Pas besoin d'attendre le grand soir. Cette politique de développement humain et de dynamisation des services de proximité peut se faire dès à présent grâce à des coopératives municipales ou des Systèmes d'Echanges Locaux (SEL) avec des monnaies locales. La relocalisation de l'économie, ici et maintenant, ne dépend pas d'une décision globale qui viendrait d'ailleurs mais de la reconstitution d'une communauté politique locale et d'une "démocratie de face à face", de notre organisation et de notre action. Rien ne se fera sans nous. Ce n'est pas la fin du monde ni de l'histoire, comme on voudrait nous le faire croire, nous en sommes aux commencements.
Les alternatives écologistesLes propositions des écologistes me semblent pouvoir se répartir selon 4 axes :
1. Le productivisme durableCorrection de la valeur économique afin d'obtenir une "vérité des prix" écologique, l'internalisation des externalités par des taxes et l'orientation des mécanismes de marché vers les solutions écologiques (ecolabels, commerce équitable, normes, subventions) ainsi que la constitution d'un secteur protégé hors marché (biens communs et tiers-secteur). Ces mécanismes correctifs (de régulation par le marché) sont sensés rendre le productivisme capitaliste plus efficace écologiquement moins destructeur et plus durable.
2. Le productivisme bridéUne autre façon de résoudre le problème d'une croissance destructrice serait de restreindre le productivisme en ralentissant la croissance, dans la production par la réduction continue du temps de travail et dans la consommation par la frugalité volontaire. Tout cela sans changer la logique du système mais en luttant simplement contre ses excès et en essayant de garder les protections salariales. Une économie plus "économe".
3. La décroissance conviviale Cette proposition se situe par contre clairement dans une alternative au productivisme et une critique de l'économisme dominant. C'est la version politique de l'écologisation de l'économie, les régulations économiques étant remplacées par des régulations collectives débattues publiquement. C'est une relocalisation de l'économie, une auto-gestion démocratique décentralisée de la production et des échanges ; mais il faut bien dire que les modalités et leur efficacité restent problématiques.
4. Le développement humainEnfin, la dernière façon de répondre à un productivisme insoutenable est de construire une production alternative tirant partie de la révolution informationnelle pour réorienter l'économie sur le développement humain, les services et les consommations immatérielles en passant d'une logique concurrentielle à une logique coopérative et d'une productivité à court terme à l'investissement dans l'avenir, c'est-à-dire en développant l'autonomie de chacun, en particulier l'autonomie financière par une garantie de revenu. C'est la seule alternative concrète qui me semble à la hauteur des mutations en cours et d'une écologie qui doit nous apprendre à penser à long terme.
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Il s'agit d'examiner les arguments pour ou contre chacune des solutions afin d'essayer de construire un consensus à partir de nos divergences, sur la pertinence et le cadre des politiques à défendre selon le contexte et les enjeux.
L'écologie révolutionnaire
Il n'est pas question de nous satisfaire de cette société qui n'est pas supportable et on ne peut se contenter d'un réformisme mou devant les menaces planétaires. Nous devons affirmer le caractère révolutionnaire d'une écologie qui ne se borne pas à entretenir les pelouses ou à rendre un peu plus durable l'exploitation de la planète, mais porte le seul projet à l'horizon de ce troisième millénaire. Nous devons dire clairement que nous sommes déterminés à lutter pour des mesures radicales à la hauteur de notre misère sociale, les exclus ne sont pas obligés de se fier à la démagogie fasciste et raciste aggravant le désastre.
Il faut redonner aux gens la certitude qu'ils peuvent peser sur les événements et ainsi, formuler ce qu'ils veulent, ce qu'ils refusent vraiment. Être révolutionnaire c'est vouloir transformer le monde et pour cela prendre le parti du négatif, de la critique et de l'amélioration infinie, plutôt que s'illusionner de quelque utopie positive idéale et trompeuse. Ce n'est pas se contenter d'un réformisme qui adapte les règles et pare au plus pressé, il nous faut changer les règles elles-mêmes pour les rendre conformes à notre avenir. Être révolutionnaire, c'est vouloir être un véritable Citoyen et non pas un simple administré.
On est loin d'une révolution léniniste ou du mythe du grand soir révolutionnaire (qu'il y en ait une multitude !). L'écologie révolutionnaire ne veut pas "prendre le pouvoir" par la violence mais changer notre base productive radicalement. Il ne s'agit pas d'instaurer une dictature mais de s'engager dans la sortie du salariat. L'écologie révolutionnaire veut sortir du productivisme et abolir le salariat, conscience des contraintes planétaires, des transformations du travail et des possibilités de l'avenir. Cette sortie du processus de valorisation, de l'économie séparée de la société, est le début de la réappropriation de notre vie.
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Il y a toutes sortes d'écologistes révolutionnaires. Ils peuvent être "marxistes", libertaires, alternatifs ou de simples opposants à la "croissance" et à la destruction de la société, c'est-à-dire de véritables écologistes, mais pour nous l'écologie n'est pas une simple amélioration de l'existant, ce qui permettrait de rendre un peu plus durable le monde actuel et son développement inégal et destructeur, rendre un peu plus supportable ses souffrances et ses injustices. Au contraire, pour nous l'écologie est la dénonciation d'un monde qui se fait contre nous.
L'écologie est pour nous l'urgence de l'avenir.